A la découverte des Açores
Il y a huit millions d’années, de grosses bulles vinrent crever la surface bleue de l’océan. Suivirent de gigantesques panaches de vapeur blanche. Tout à coup, d’immenses jets de lave d’un rouge incandescent montèrent vers le ciel et les dômes noirs des premiers volcans ont émergé des eaux. La première île des Açores était née. Au fil des siècles, quelques 1500 volcans ont formé les neuf îles qui constituent l’archipel des Açores. Au début tout est noir, la couleur du basalte. Ensuite, au fil des éruptions, les cônes noirs sont recouverts de cendres grises. Enfin, les graines apportées par le vent ou par les oiseaux, prennent racines dans ce terrain extrêmement fertile et une végétation luxuriante transforme les Açores en paradis vert. C’est un peu comme l’histoire de la terre en raccourci. C’est d’autant plus fascinant que, à Capelinhos, là où s’est produite la dernière éruption volcanique en 1957, on n’en est encore qu’au stade de la cendre grise, dans un paysage quasi lunaire.
Les Açores sont une destination touristique magique, neuf îles volcaniques au beau milieu de l’océan Atlantique. La descente en avion vers l’aéroport de Ponta Delgada, dans l’azur infini du ciel, nous offre un panorama extraordinaire, une véritable mosaïque colorée : cônes volcaniques d’un vert sombre. Plus bas, sur leurs flancs, le vert tendre des prairies se mêle au jaune paille des champs cultivés. Au bord de l’océan d’un bleu profond, l’ocre ou le noir des falaises déchiquetées par la mer, dessinent la ligne sinueuse du rivage. Nous sommes impatients de commencer le circuit. Première étape, Ponta Delgada. La capitale de l’île de Sao Miguel, nous offre toute la richesse de son patrimoine historique. En premier lieu, nous entrons dans l’église du couvent Notre-Dame-de-l’Espérance. L’intérieur est sombre. Les bancs et les boiseries en bois foncé, absorbent la lumière. Alors le regard s’élève vers le plafond à caissons et les parois du chœur, recouverts de feuilles d’or, c’est magnifique. Puis le regard descend sur l’autel et découvre une statue de la Vierge, qui resplendit dans l’or de son manteau. Mais le meilleur reste à venir. Nous nous dirigeons vers une petite chapelle : un long couloir aux murs décorés d’azulejos, des fresques aux dessins bleus sur fond blanc ; sur le sol un tapis rouge écarlate ; au bout du couloir, derrière une grille en fer forgé, la statue du Christ des Miracles. C’est le Christ revêtu du manteau rouge après sa flagellation. Sur la tête, il porte la couronne d’épines. Le plus extraordinaire, c’est l’expression de son visage, créée par l’artiste par un subtil clair-obscur. Les yeux semblent vous fixer et vous transpercent jusqu’au plus profond de l’âme. Quelle émotion ! Au lieu de lire toute la souffrance du monde dans ce regard, on ressent une impression de paix, de sérénité. C’est très troublant. La voix de notre guide, nous invitant à sortir, me tire d’une méditation profonde. Nous continuons notre promenade dans la ville. Les bâtiments présentent un effet d’unité apporté par le style architectural açorien : la pierre volcanique sombre qui encadre les façades contraste élégamment avec le blanc immaculé des murs, contraste que l’on retrouve dans le pavage des rues et des places de la vieille ville. Enfin, nos pas nous mènent jusqu’au port dans lequel des bateaux aux coques colorées se balancent au rythme des marées. La richesse naturelle de l’île est tout aussi fascinante. Le Pico de Barossa culmine à 947 m d’altitude. De son sommet, la vue panoramique est splendide mais, en quelques minutes, le ciel d’un bleu limpide se charge de nuages aux mille et une nuances de gris qui finissent par apporter un peu de pluie. C’est la spécificité du climat des Açores : les quatre saisons dans la même journée. Peu de temps après, le retour du soleil nous permet de voir, en bas, dans la caldeira, le Lac de Feu, aux eaux d’un bleu intense, dans toute sa splendeur. Et tandis que nous descendons en suivant la route, des milliers de minuscules plantes multicolores illuminent la paroi du volcan comme une traînée de confettis un jour de carnaval. Après le Lac de Feu, notre guide nous emmène à la caldeira Velha. Quand on entre à l’intérieur du site, on se croit transporté dans un autre coin du monde. Une végétation de type tropical s’y est développée grâce à la présence de sources chaudes. Illuminé par les rayons du soleil, le vert tendre du feuillage est en parfaite harmonie avec la couleur orangée de la roche teintée par les eaux ferrugineuses. C’est un havre de paix dans lequel je serais volontiers resté. Le lendemain, à la caldeira des Sept Cités, on en prend plein les yeux. D’abord les lacs, deux lacs séparés par un pont, l’un d’un bleu sombre, le second d’un vert émeraude. Tout autour se dressent les sommets arrondis des volcans endormis recouverts de prairies. Le chemin que nous suivons est bordé de buissons d’azalées dont les fleurs scintillent comme des rubis dans cet écrin de verdure. Le troisième jour nous emmène à Furnas. C’est un changement total de décors. On pourrait s’imaginer aux portes de l’enfer. Du sol gris, dépourvu de végétation, s'élèvent des fumerolles blanches à l’odeur de soufre. C’est dans ces chaudières naturelles que les habitants et les restaurateurs font cuire la spécialité locale : le cozino, une sorte de pot-au-feu fait d’un mélange de viandes et de légumes variés. Dans l’assiette, où se côtoient morceaux de porc, de bœuf, de poulet, de chorizo et de boudin noir, du chou, des pommes de terre, des carottes, des ignames et du riz, c’est une véritable palette de couleurs pour les pupilles et de saveurs pour les papilles. Le reste du circuit nous apportera bien d’autres surprises. Sur l’île de Sao Miguel, nous sommes étonnés de voir pousser des ananas, bien abrités des ardeurs du soleil dans des serres aux vitres recouvertes de chaux blanche. Ils sont plus petits que ceux du Costa Rica mais tout aussi délicieux. Dans une autre partie de l’île, c’est une plantation de thé qui donne au paysage une allure exotique : on se croirait en Chine ou au Sri Lanka. Sur l’île de Faial, le plus surprenant, ce sont les peintures chatoyantes que les marins de passage ont pris l’habitude de réaliser sur le sol ou sur les murets des quais de Horta, ainsi transformés en galerie d’art à ciel ouvert. Et l’on ne peut pas quitter Horta sans être allé boire un gin tonic, jaune et pétillant à souhait, chez Peter’s ; un grand moment de convivialité avec les autres participants. Ce qui fait la singularité de l’ile de Pico, c’est la façon dont est cultivée la vigne. Les plants, dont les feuilles brillent d’un vert fluo, se dressent fièrement entre les murets de lave noire qui les abritent du vent. Enfin, sur l’île de Terceira, nous sommes fascinés par les fastes coloniaux de l’ancienne capitale, Angra de Heroismo, et aussi par les imperios, ces petits temples très colorés dédiés à la dévotion du Saint Esprit. Pour la fête du Saint Esprit on y prépare un repas communautaire qui symbolise la charité et l’égalité. Tout cela fait des Açores une destination qui mêle harmonieusement culture et nature. On peut vraiment affirmer que les Açores, ça sort de l’ordinaire.
Recevez chaque mois les informations Arts et Vie, des inspirations de voyage, retours d’expérience…