La renaissance du musée Bonnat-Helleu de Bayonne
Par Flavie Thouvenin
Après près de quinze ans de fermeture, le musée Bonnat-Helleu rouvre enfin ses portes à Bayonne. Fidèle à l’esprit de son fondateur tout en s’inscrivant résolument dans la modernité, ce grand musée des Beaux-Arts du Pays basque offre aujourd’hui un parcours renouvelé, plus lumineux et deux fois plus vaste. Une réouverture très attendue, qui redonne à la ville l’un de ses plus beaux joyaux culturels.
Un musée né de la générosité d’un artiste
L’histoire du musée Bonnat-Helleu est indissociable de celle de Léon Bonnat (1833-1922), peintre bayonnais de premier plan et figure majeure de la scène artistique française de la fin du XIXᵉ siècle. Formé à Madrid puis à Paris, portraitiste recherché, professeur et directeur de l’École des Beaux-Arts, Bonnat fut aussi un collectionneur passionné. Toute sa vie, il rassembla dessins, peintures, sculptures et objets d’art, avec l’idée de transmettre cet héritage au plus grand nombre.
Dès les années 1830, la ville de Bayonne avait constitué une première collection municipale en soutenant de jeunes artistes locaux. Mais c’est le legs exceptionnel de Léon Bonnat, officialisé à la fin du XIXᵉ siècle, qui donna au musée son envergure. En offrant à sa ville natale près de 3 500 œuvres, déposées par l’État avec le concours du musée du Louvre, l’artiste plaça d’emblée Bayonne sur la carte des grandes institutions muséales françaises.
Un bâtiment pensé pour instruire et émerveiller
Pour accueillir ces collections, un édifice spécifique est construit entre 1896 et 1898 par l’architecte Charles Planckaert, à l’angle des rues Jacques-Laffitte et Frédéric-Bastiat. Inauguré en 1901, le bâtiment de style classique, en pierre calcaire, est conçu comme un lieu d’éducation et de transmission, réunissant alors musée, bibliothèque, archives et muséum d’histoire naturelle.
Au fil du temps, le musée s’agrandit et s’enrichit, notamment après la mort de Léon Bonnat en 1922, puis grâce à de grands legs, comme ceux d’Antonin Personnaz, qui introduit les impressionnistes, ou de Jacques Petithory, qui apporte un ensemble remarquable de dessins et de toiles maniéristes. En 1991, l’ouverture du Carré Bonnat marque une nouvelle étape, en affirmant le dialogue avec la création contemporaine.
Une rénovation ambitieuse
Fermé en 2011, le musée a fait l’objet d’une vaste opération de rénovation et d’extension, conduite par l’agence BLP & Associés. L’enjeu était double : restaurer l’architecture originelle tout en adaptant le lieu aux exigences muséales contemporaines. Le résultat est saisissant.
Les surfaces d’exposition ont doublé, passant de 2 000 à 4 000 m², et la lumière naturelle, chère aux concepteurs du XIXᵉ siècle, a été retrouvée grâce à la redécouverte et à la restauration des verrières. Dans le patio, la spectaculaire mosaïque de la maison Facchina, longtemps dissimulée, a retrouvé tout son éclat. Un nouvel espace public, aménagé comme un cloître entre le bâtiment historique et son extension, structure désormais le parcours. Seul signe extérieur de cette transformation, le « Phare », à l’armature de métal et de verre visible depuis la rue, affirme la présence renouvelée du musée dans la ville.
Des collections d’exception, du Moyen Âge à la Belle Époque
Le musée Bonnat-Helleu conserve aujourd’hui près de 7 000 œuvres, dont environ 1 200 sont présentées dans le parcours permanent. Peintures, dessins, sculptures, antiquités et objets d’art y dialoguent à travers les siècles et les écoles européennes.
De la Renaissance italienne au XIXᵉ siècle, les grands noms de l’histoire de l’art sont au rendez-vous : Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Dürer, Rubens, Van Dyck, Rembrandt, El Greco, Goya, Poussin, Ingres, Delacroix, Géricault ou encore Degas. Le cabinet des arts graphiques, particulièrement remarquable, rassemble à lui seul plus de 3 500 dessins d’une qualité exceptionnelle.
Parmi les œuvres emblématiques, La Baigneuse d’Ingres occupe une place à part. Présentée comme un véritable chef-d’œuvre du parcours, elle incarne le lien privilégié entre le musée Bonnat-Helleu et le Louvre, dont il constitue le plus important ensemble de dépôts en région.
Un musée de l’émotion, ouvert à tous
Au-delà de la richesse de ses collections, le musée Bonnat-Helleu revendique une ambition forte : être un musée de l’émotion, accessible à tous les publics. Ici, nul besoin d’être spécialiste pour être saisi par la force des œuvres. Le parcours invite d’abord à ressentir, à s’émerveiller, avant de comprendre.
Cette approche se double d’un important travail de médiation, afin de donner à chacun les clés de lecture nécessaires et de faire du musée un véritable lieu de rencontres et de partage, ancré dans la vie bayonnaise.
Visiter le musée Bonnat-Helleu avec Arts et Vie
La réouverture du musée Bonnat-Helleu s’inscrit naturellement dans la programmation culturelle d’Arts et Vie. En 2026, sa visite sera notamment au cœur de deux voyages.
Lors de la semaine thématique « Les Landes : une histoire d’eau », le musée offrira un éclairage artistique et patrimonial essentiel pour comprendre l’histoire et les influences culturelles de ce territoire façonné par l’homme et la nature.
Il constituera également l’un des temps forts de la semaine thématique « Histoire, traditions et saveurs du Pays basque », où les collections dialogueront avec la découverte des paysages, des villes et des traditions basques, de part et d’autre de la frontière franco-espagnole.
Plus qu’une simple visite, le musée Bonnat-Helleu devient ainsi une porte d’entrée privilégiée pour appréhender l’histoire, l’identité et le rayonnement culturel du Sud-Ouest, dans l’esprit des voyages Arts et Vie.