Dans l’univers foisonnant de la musique asiatique contemporaine, peu de figures ont acquis une aura comparable à celle de Faye Wong. Chanteuse, autrice-compositrice et actrice, cette artiste née à Pékin en 1969 s’est imposée au fil des années comme l’une des voix les plus emblématiques de la pop en langue chinoise. Souvent comparée à Björk et Sinéad O’Connor pour son indépendance artistique et son univers singulier, elle est aujourd’hui considérée comme une véritable « diva » de la musique asiatique.
Si son nom reste encore relativement discret en Europe, Faye Wong est une immense star en Chine, à Hong Kong, à Taïwan ou encore à Singapour. Dans l’espace culturel sinophone, son influence est souvent comparée à celle de grandes icônes occidentales. À la fois chanteuse populaire, figure de mode et actrice remarquée, elle incarne depuis les années 1990 une certaine modernité de la culture chinoise.
Des débuts entre Pékin et Hong Kong
Faye Wong naît le 8 août 1969 à Pékin, en pleine Révolution culturelle. Sa mère est chanteuse au China Coal Mine Art Troupe (une grande troupe nationale d’arts du spectacle), et c’est naturellement que la jeune Faye découvre très tôt le chant. Adolescente, elle se passionne pour la musique et enregistre déjà des cassettes de reprises au lycée.
Son idole est alors la chanteuse taïwanaise Teresa Teng, immense vedette de la chanson en langue chinoise dont les ballades romantiques ont marqué toute une génération en Asie. Cette influence sera décisive pour la jeune artiste.
À la fin des années 1980, elle quitte Pékin pour rejoindre son père installé à Hong Kong. Elle y poursuit des cours de chant et signe rapidement avec une maison de disques. Ses premiers albums paraissent en 1989 sous le nom de Shirley Wong. Malgré une promotion importante, le succès reste modeste et la chanteuse peine à trouver sa voie artistique.
Cantopop, mandopop : la pop chinoise en pleine mutation
Pour comprendre l’ascension de Faye Wong, il faut évoquer brièvement l’univers de la pop chinoise, souvent désignée sous le terme générique de « C-pop ».
Deux grands courants dominent cette scène musicale : la cantopop, chantée en cantonais et historiquement liée à Hong Kong, et la mandopop, interprétée en mandarin et largement diffusée à Taïwan et en Chine continentale. Ces styles mêlent traditions musicales chinoises et influences venues d’Occident tels le rock, le jazz, la pop ou encore la musique électronique.
Dès les années 1970 et 1980, des artistes comme Teresa Teng popularisent cette musique dans toute l’Asie. Leur succès accompagne l’émergence d’une culture populaire transnationale, portée par les médias, le cinéma et la télévision. C’est dans ce contexte que la génération suivante, à laquelle appartient Faye Wong, va renouveler le genre.
Le tournant américain et l’affirmation d’un style
Au début des années 1990, Faye Wong traverse une période de doute et décide de partir aux États-Unis pour perfectionner sa technique vocale. Ce séjour, notamment à New York, marque un tournant décisif dans sa carrière. Elle y découvre les scènes alternatives occidentales et des artistes comme les Cocteau Twins (groupe pop-rock alternatif écossais), dont l’esthétique influencera durablement sa musique.
De retour à Hong Kong, elle reprend définitivement le nom de Faye Wong comme nom de scène et publie en 1992 l’album Coming Home. Le succès est immédiat. Sa voix claire, presque éthérée, et son style musical mêlant pop asiatique et influences alternatives séduisent un public de plus en plus large.
Durant les années 1990, les albums s’enchaînent à un rythme soutenu. Chantant aussi bien en cantonais qu’en mandarin (et parfois en anglais ou en japonais), Faye Wong conquiert l’ensemble du marché musical d’Asie de l’Est. À la fin de la décennie, elle est déjà l’artiste féminine la plus vendue de la scène cantopop.
En 1999, sa ballade Eyes on Me, composée pour le jeu vidéo Final Fantasy VIII, lui vaut également une visibilité internationale.
Une chanteuse devenue actrice
Parallèlement à sa carrière musicale, Faye Wong se tourne vers le cinéma. Elle apparaît dans plusieurs productions hongkongaises, mais c’est sa collaboration avec le réalisateur Wong Kar-wai, référence du cinéma mondial, qui la fait connaître auprès du public international.
Dans le film culte Chungking Express (1994), elle incarne une jeune employée de fast food rêveuse et fantasque, rôle qui lui vaut un accueil enthousiaste de la critique. Elle retrouvera le cinéaste quelques années plus tard dans 2046 (2004), confirmant son statut d’actrice singulière.
Même si le cinéma reste pour elle une activité secondaire, ces apparitions contribuent à renforcer son image d’artiste à part, évoluant librement entre les différentes formes de création.
Une icône à part dans la culture asiatique
Au-delà de ses succès commerciaux, Faye Wong s’est imposée comme une figure culturelle majeure. Sa personnalité réservée, parfois distante avec les médias, contraste avec l’univers très médiatisé de la pop. Cette discrétion contribue paradoxalement à nourrir sa légende.
Sur scène, elle privilégie la voix plutôt que les effets spectaculaires. Son esthétique, marquée par des coiffures audacieuses, un maquillage graphique et des costumes inspirés des avant-gardes de la mode, participe également à son image d’artiste indépendante. Cette singularité lui vaut d’être souvent décrite comme la « Björk asiatique », quand les tonalités de sa voix rappellent Dolores O’Riordan, chanteuse du groupe irlandais Cranberries.
Depuis les années 2000, la chanteuse s’est faite plus rare, privilégiant sa vie personnelle et ne revenant sur scène que pour quelques séries de concerts très attendues. Pourtant, son influence reste considérable, et nombreux sont les artistes de la nouvelle génération se revendiquant aujourd’hui son héritage.
Dans l’espace culturel sinophone, Faye Wong incarne ainsi toute une époque : celle où la pop chinoise s’ouvre au monde et affirme une identité artistique moderne.
Écouter Faye Wong
Pour découvrir l’univers de la chanteuse, on peut commencer par quelques-uns de ses titres les plus célèbres :
- Dream Lover (梦中人) – l’une de ses chansons emblématiques des années 1990. Il s’agit d’une adaptation en cantonais de la chanson « Dreams » du groupe irlandais The Cranberries. Le titre figure également dans la bande originale du film Chungking Express de Wong Kar-wai, dans lequel Faye Wong tient l’un des rôles principaux. Écouter sur Youtube.
- Eyes on Me – ballade en anglais devenue célèbre grâce au jeu vidéo Final Fantasy VIII : écouter sur Youtube
- Red Bean (红豆) – une chanson délicate et mélancolique parmi ses plus populaires : écouter sur Youtube
Autant de portes d’entrée vers une artiste qui, depuis plus de trois décennies, occupe une place unique dans la musique asiatique contemporaine.
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