1 voyage, 3 regards – Ouzbékistan
Article publié précédemment dans le Plus d’Arts et Vie #145 (Automne 2016)
Situé au cœur de l’Asie centrale, l’Ouzbékistan porte encore l’empreinte de la légendaire route de la Soie. De Samarcande à Khiva, ses cités anciennes, ses monuments et ses savoir-faire témoignent d’un passé où marchands, savants et voyageurs se croisaient entre Orient et Occident. Aujourd’hui encore, le pays fascine par la richesse de son patrimoine et la vitalité de ses traditions. Pour approcher cette terre d’histoire, nous vous proposons trois regards complémentaires : celui d’un lieu sacré aux décors éblouissants, celui d’un artisanat ancestral transmis de génération en génération, et celui d’une ville caravanière dont les remparts semblent avoir arrêté le temps. Trois étapes, trois récits, pour entrer au cœur de l’Ouzbékistan.
La nécropole Chah-i-Zinda
Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001, Samarcande regorge de sites historiques magnifiques qui témoignent de toutes les beautés de l’Ouzbékistan. La nécropole Chah-i-Zinda, située au nord-est de la ville, compte parmi ses plus beaux édifices. Elle renferme notamment des chefs-d’œuvre de l’art céramique, dont certains inégalés dans toute l’Asie centrale.
C’est une légende vieille de l’an 676 qui explique les prémices de cet ensemble architectural : Chah-i-Zinda, qui signifie “le roi vivant”, ferait référence à Koussam ibn Abbas, le cousin du Prophète, qui se serait fait décapiter par des adorateurs zoroastriens… Des siècles plus tard, les Mongols qui envahirent le pays, menés par le grand Gengis Khan, pillèrent et détruisirent l’ensemble du site à l’exception du tombeau de Koussam, ce qui ne fit qu’accroître le mythe qui l’entoure.
Depuis, l’aristocratie timouride ainsi que les Soviétiques firent construire et aménager de nombreux bâtiments, dont onze mausolées, trois mosquées et une médersa. Portiques dentelés, dômes cannelés, façades colorées, panneaux sculptés, majoliques décorées de motifs floraux, mosaïques ajourées, coupoles bleu et turquoise… autant de richesses architecturales et décoratives qui nous sont parvenues et qui témoignent sans mal de l’émerveillement que l’on ressent en découvrant cet ensemble sacré.
Les secrets de la sériciculture
Comme beaucoup d’autres pays, l’Ouzbékistan fut dès le IIe siècle avant J.-C. une étape importante de la route de la Soie, ensemble d’itinéraires commerciaux qui s’étendaient de Chang’an (actuelle Xi’an, en Chine) à Rome. À cette époque, seule la Chine détenait les secrets de la sériciculture et exportait ainsi un grand nombre de soieries en échange d’or, de pierres précieuses et autres marchandises de valeur. Puis, à partir du Ve siècle après J.-C., les techniques d’élevage de bombyx (vers à soie) commencèrent à se répandre et c’est ainsi que l’Ouzbékistan s’imposa par son savoir-faire, grâce notamment à la ville de Marguilan, située dans la vallée de Ferghana.
Durant des siècles, la région vécut de ce travail délicat, ce que confirma l’arrivée des Soviétiques puisqu’ils y construisirent une usine de production capable de créer des millions de mètres de soie par an ! À présent, la ville a renoué avec les traditions ; l’usine a laissé la place à un atelier manuel où travaillent quelque 2 000 ouvriers. Leur technique de fabrication de la soie suit des étapes simples : on nourrit les vers avec des feuilles de mûrier fraîches ; quand les vers s’enveloppent d’un cocon, avant qu’ils ne se transforment en beaux papillons, on les place dans des étuves puis on les plonge dans des bains bouillants pour les assouplir. On passe ensuite au déroulage des fils avant de les teindre – technique réservée aux hommes – ou de les filer – technique réservée aux femmes.
Le témoignage historique d’Itchan Kala
Ville des caravaniers par excellence, dernière étape avant d’affronter le désert de la Perse, Khiva se révèle être une véritable source d’étonnement pour quiconque s’y aventure. En son centre, une haute muraille crénelée longue de plus de 2 kilomètres forme un rectangle parfait qui s’étire du nord au sud, enfermant ainsi 26 hectares. Dans ce cœur de ville appelé Itchan Kala, les visiteurs traversent le temps et découvrent cinquante et un monuments et quelque deux cent cinquante habitations, tous construits dans la plus pure tradition islamique de l’Asie centrale.
De la mosquée Djouma et ses deux cent treize piliers au mausolée Pakhlavan Mahmoud, dédié au célèbre poète et lutteur ouzbek, Itchan Kala offre un éventail d’édifices qui reflètent l’évolution architecturale que connut le pays, du XIVe au XIXe siècle. Longtemps perçue comme une ville sécurisée de par ses remparts, Itchan Kala eut par la suite la réputation d’être une ville rebelle fréquentée par les voleurs et les marchands d’esclaves… À présent, la ville se veut calme et paisible, gardienne de l’histoire de Khiva.
En revanche, si l’on souhaite s’immerger dans le quotidien animé de ses habitants, il faut sortir de la cité historique et se promener dans le bazar attenant, traverser les faubourgs marchands et se laisser guider par une envie simple : suivre les traces du passé.
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