Trésors de l'Unesco : l'Allemagne et ses chefs-d'œuvre
Article précédemment publié dans le Plus d’Arts et Vie #149 – Automne 2017
Avec pas moins de 42 sites inscrits au patrimoine mondial, l’Allemagne se place parmi les pays les mieux représentés en Europe auprès de l’Unesco. Soucieux de préserver et de valoriser son capital culturel, ce pays a soumis la candidature de ses plus beaux sites dès la création de l’institution en 1978. Riche d’un passé tumultueux et extrêmement intéressante d’un point de vue artistique et architectural, l’Allemagne constitue une destination incontournable pour tous les férus de culture. L’ensemble de son territoire, dans l’ancienne RFA comme dans l’ex–RDA, est émaillé de monuments, de villes ou de sites naturels à découvrir pour leur beauté et l’intérêt du témoignage qu’ils constituent. La région du Sud-Ouest, où l’on retrouve en particulier le souvenir d’un Moyen Âge glorieux, mérite une place toute particulière dans ce florilège de trésors. En voici quelques exemples incontournables à visiter absolument !
La cathédrale de Spire
Fondée en 1030, la cathédrale de Spire constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus significatifs de l’art roman en Europe autant au niveau architectural qu’historique et fut donc classée à ce titre au patrimoine mondial de l’Unesco en 1981. Elle doit sa création à l’empereur Conrad II, dit “le Salique”, qui souhaitait concurrencer l’abbaye de Cluny et mettre en lumière son opposition à la papauté. Son plan se caractérise par l’équilibre entre les parties est et ouest et par la position symétrique de ses tours qui encadrent la nef et le transept. Deux innovations majeures sont à signaler : la galerie qui l’entoure entièrement et le système d’arcades construit durant les travaux de rénovations entrepris sous Henri IV, neveu de son fondateur. La taille et la richesse de ses sculptures sont caractéristiques des églises romanes de l’époque. Quant à sa crypte, elle passe pour la plus grande crypte romane au monde où reposent plusieurs dynasties de souverains.
L’abbaye de Lorsch
S’il ne subsiste aujourd’hui de l’immense abbaye de Lorsch que son porche-entrée, la Torhalle, l’abbaye de Lorsch constitue pourtant un monument incontournable en Allemagne. Ce magnifique et dernier témoin de l’architecture carolingienne du IXe siècle rassemble des éléments architecturaux romans, byzantins et germaniques, tout à fait caractéristiques de cette époque de transition. Il présente une structure essentiellement médiévale, mais également des colonnes classiques, des pilastres et trois voûtes, qui lui confère l’apparence d’un arc de triomphe romain.
Lorsque fut fondée la modeste abbaye champêtre aux alentours de 764 par Williswinda et son fils le comte Cancor, rien ne laissait présager de l’essor qu’elle allait bientôt connaître. Son incroyable destin débuta lorsqu’elle fut offerte à l’archevêque Chrodegang de Metz qui y déposa les reliques de saint Nazaire recueillies à Rome. Cet événement marqua le début du développement économique de l’institution. C’est ainsi que, devenue l’une des plus riches propriétés à l’Est du Rhin, l’abbaye se retrouva dans les mains du roi qui la transforma en abbaye royale et devint avant tout un important lieu de diffusion du pouvoir de l’Empire franc. De 1232 à 1248, des cisterciens s’installèrent à l’abbaye, qui perdit de son importance et se transforma en un simple centre régional. L’activité monastique prit fin dès 1556 à la suite de la Réforme protestante du Palatinat. Dévastée par des troupes espagnoles en 1621, elle servit de carrière de pierres pour toute la région jusqu’à disparaître quasi entièrement à l’exception de la célèbre Torhalle classée au patrimoine de l’Unesco depuis 1991.
La Résidence de Wurtzbourg
Véritable chef-d’œuvre du baroque tardif, le palais de Wurtzbourg, classé en 1993, fait partie des plus belles demeures royales en Europe. Sa construction débuta en 1720, sous le règne du prince-évêque Johann Philipp Franz von Schönborn dans le but de transférer le siège de l’épiscopat, mais ne s’achèvera qu’en 1744 sous Friedrich Carl von Schönborn, son frère. C’est à Balthasar Neumann que furent confié les plans et la supervision des autres architectes (Lukas von Hildebrandt, Maximilian von Welsch, Robert de Cotte et Germain Boffrand) et le meilleur fresquiste de l’époque, Giambattista Tiepolo, réalisa les fresques de la salle impériale et de l’escalier d’honneur. De cette collaboration internationale naquit un style unique que l’on nomme le “rococo de Wurtzbourg”, teinté d’une touche italienne.
Très endommagé par un bombardement durant la Seconde Guerre mondiale, le palais fut admirablement restauré à l’identique. Heureusement les plus belles pièces du centre de l’édifice furent épargnées et leur état de conservation demeure remarquable.
Le monastère de Maulbronn
Centre politique, économique et social essentiel au Moyen Âge, le monastère de Maulbronn constitue un exemple particulièrement bien conservé de la vie séculière cistercienne de cette époque. Elle apparaît encore aujourd’hui comme un petit village fortifié ceint d’un chemin de ronde.
Les armes du monastère représentant une mule en train de boire rappellent l’histoire étonnante de sa création. On raconte en effet que les moines avaient décidé de bâtir leur établissement à l’endroit même où leur âne s’arrêterait pour se désaltérer. C’est donc au milieu des forêts et des lacs du Kraichgau, où l’animal avait trouvé une source, que débuta en 1147 la construction de l’immense ensemble monastique.
Son haut mur d’enceinte abrite un groupe de bâtiments édifiés du XIIe au XVIe siècle, période de transition essentielle entre les styles roman et gothique. Dans l’avant-cour se tiennent le bâtiment des matines, la forge, l’écurie, le pressoir et le moulin. Dans l’église un jubé de style roman surmonté d’une corniche en damier séparait l’espace consacré à la prière des moines et la partie réservée aux frères convers. La chapelle du puits, au centre de laquelle se trouve une charmante fontaine, servait quant à elle aux ablutions et à la tonte des moines.
Épargnée par l’élan baroque, l’abbaye a conservé intact son architecture gothique qui a directement influencé tout le Centre et le Nord de l’Europe. Elle fut classée au patrimoine de l’Unesco en 1993 en raison de son état de conservation et sa valeur testimoniale.
La vieille ville de Ratisbonne
Ratisbonne, l’une des plus anciennes cités allemandes, s’étire le long du Danube depuis plus de deux millénaires. Certainement occupé depuis l’âge de pierre par les Celtes, cette zone fut annexée par les Romains dès 79 ap. J.-C. Il faudra néanmoins attendre le Moyen Âge pour voir se profiler la ville que l’on découvre aujourd’hui. De par sa position stratégique au cœur des échanges commerciaux entre l’Italie, la Bohême, la Russie et Byzance, Ratisbonne se développe rapidement aux XIIe et XIIIe siècles. Elle se trouve alors au centre d’influences culturelles et architecturales qui vont façonner sa singularité. Les anciens édifices romains furent intégrés aux nouveaux bâtiments de haute taille, créant des ruelles sombres et étroites. Des murs d’enceinte très épais vinrent entourer la ville.
On compte aujourd’hui près de 1 200 édifices historiques dans la vieille ville, classée par l’Unesco en 2006, qui furent miraculeusement épargnés par les combats des guerres napoléoniennes et la seconde guerre mondiale. Citons notamment la cathédrale Saint-Pierre, bâtie sur le modèle des cathédrales gothiques françaises, l’Ancienne Chapelle de l’époque mérovingienne et l’église Saint-Jacques, véritable chef-d’œuvre de l’art roman.
La ville de Bamberg
À Bamberg, le Moyen Âge côtoie l’époque baroque en toute harmonie, offrant un très beau témoignage de l’architecture des XIe et XIIe siècles mais aussi des XVIIe et XVIIIe siècles. Lorsque Henri II du Saint-Empire la transforma en siège de son pouvoir et de l’épiscopat, son ambitieuse idée était d’en faire une “seconde Rome”, parant la ville de nombreux édifices monumentaux. La cathédrale de style romano-gothique et l’Ancienne Résidence ou encore l’abbaye Saint-Michel maintes fois remaniée, témoignent encore aujourd’hui de l’opulence de cette époque. La Nouvelle Résidence rappelle quant à elle le renouveau de Bamberg au XVIIe siècle impulsé par les princes-évêques. La ville devint un véritable épicentre du mouvement des Lumières dans le Sud de l’Allemagne et faisait figure de grand centre intellectuel.
Encore peu industrialisée durant la Seconde Guerre mondiale, la ville échappa aux destructions des bombardements alliés pour nous livrer près de 2 300 monuments historiques qui lui valurent son classement au patrimoine de l’Unesco en 1993.
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