Sur les rives de l’île de Niodor, dans la région du Siné-Saloum, Madické, jeune sénégalais, a des rêves d’ailleurs. Amateur de football, il admire ses compatriotes exilés, évoluant dans les plus grands clubs d’Europe. Et si c’était lui ? Quand pourra-t-il partir, lui aussi ? De l’autre côté de l’Atlantique, sa demi-sœur, Salie, installée à Strasbourg, a le mal du pays, qu’elle a pourtant choisi de fuir. Dans un récit oscillant entre la France et le Sénégal, Le Ventre de l’Atlantique, d’inspiration autobiographique, raconte les espoirs d’immigration d’une jeunesse africaine qui étouffe sous le poids du quotidien et des traditions, dans un pays qui n’a que peu d’avenir à lui offrir. Des rêves de vie meilleure, où l’on imagine l’Europe en Eldorado : un ailleurs mirifique qui se révèle bien souvent une chimère… Fatou Diome ne cache rien de l’espérance qui vient s’écraser sur les durs rochers de la réalité pour ces jeunes immigrés qui imaginaient l’Hexagone autrement.
Entre la clandestinité, les menaces d’expulsion, le racisme, la solitude, c’est la face cachée du rêve qui se révèle peu à peu… mais aussi cette difficile position, pour ceux qui sont partis, quand ils reviennent au pays : entre attentes démesurées de la famille et pression de la réussite. Faut-il maintenir le mythe de ce paradis rêvé ? Tranches de vie dans un récit sans concessions mais raconté sans pathos, dans un style élégant et poétique, ce premier roman de l’auteure franco-sénégalaise offre un voyage entre deux rives, regards croisés sur l’immigration africaine en Europe, aujourd’hui encore terriblement d’actualité.