La Nouvelle-Zélande, un archipel de biodiversité

Nouvelle-Zélande | Oxygène

La Nouvelle-Zélande, un archipel de biodiversité

Par Marie Lagrave
Article précédemment publié dans le Plus d’Arts et Vie #159 (Printemps 2020)

Ces deux grandes îles entourées d’une kyrielle de petits îlots, là-bas, à l’autre bout du monde, évoquent un ailleurs aux paysages envoûtants, façonnés par le volcanisme, les fjords et les montagnes, couvert de forêts luxuriantes et de plaines désertiques. Cette nature toute-puissante abrite une faune et une flore foisonnantes avec de nombreuses espèces endémiques, qui, du kiwi aux fougères argentées, ne cessent d’étonner.

Paysage de l’île du Sud, Nouvelle-Zélande
Attention aux kiwis ! © C. Ragil

Bordée d’un côté par l’immense océan Pacifique et de l’autre par la mer de Tasman, la Nouvelle-Zélande est restée très longtemps isolée du reste du monde. L’Australie et la Nouvelle-Calédonie, ses plus proches voisines, sont à près de 2 000 km ; la France, elle, est à plus de 18 000 km. Les premiers peuples à avoir posé le pied sur l’archipel néo-zélandais, les Maoris, arrivés de Polynésie, s’y sont installés autour du XIIe siècle. Les colons européens y ont ensuite débarqué au XVIIIe siècle, rattachant les îles à la Couronne britannique : elles font aujourd’hui encore partie du Commonwealth. Mais pendant des siècles, la Nouvelle-Zélande est restée une terre vierge, inexplorée, où la nature régnait en maître absolu. La faune et la flore ont pu s’y développer à leur guise, grandir et évoluer comme nulle part ailleurs, prenant parfois les formes les plus inattendues. L’arrivée des Maoris puis des Européens a profondément transformé l’écosystème de l’archipel, mais de nombreuses espèces endémiques, animales comme végétales, témoignent encore de la profonde singularité de la Nouvelle-Zélande.

Kiwis, tuis cravate-frisée et autres drôles d’oiseaux

Avant le XIIe siècle, on ne trouve quasiment pas de mammifères sur le sol néo-zélandais : à l’exception de quelques chauves-souris, les seuls mammifères vivent dans l’océan. Il n’y a originellement ni vaches, ni chiens, ni souris : la Nouvelle-Zélande est le royaume des oiseaux. À l’abri des prédateurs, ceux-ci se développent de manière spectaculaire. Certaines espèces, à l’instar de l’aigle géant de Haast ou du moa, aujourd’hui disparus, prennent des proportions gigantesques : l’aigle géant de Haast, le plus grand rapace ayant existé, pouvait faire jusqu’à 15 kg. D’autres oiseaux perdent leur capacité à voler et voient leurs ailes s’atrophier, devenues inutiles en l’absence de prédateurs au sol. C’est le cas du kiwi, un oiseau nocturne de la taille d’une poule et doté d’un long bec qu’il utilise pour fouiller le sol à la recherche d’insectes, de vers ou de fruits. Cette inaptitude au vol est partagée par de nombreux oiseaux endémiques de l’archipel, comme le kakapo ou le weka. Le premier est un grand perroquet nocturne de couleur verte, faisant jusqu’à 60 cm et pouvant atteindre les 120 ans, tandis que le second est un oiseau assez semblable au kiwi, mais au bec plus court, extrêmement attaché à son territoire et d’une nature très curieuse. Les Maoris et les Européens, en arrivant sur l’archipel, amenèrent avec eux de nombreux animaux qui devinrent de redoutables prédateurs pour ces oiseaux incapables de voler : la plupart sont aujourd’hui en voie de disparition.

Néanmoins, tous les oiseaux de Nouvelle- Zélande ne sont pas dépourvus d’ailes, et de nombreuses espèces endémiques sont tout à fait capables de voler. Parmi les plus représentatives de la Nouvelle-Zélande, le kéa, le seul perroquet au monde vivant dans les montagnes, est réputé pour être extrêmement intelligent ; et le tui cravate-frisé, dont le nom vient des plumes blanches qui ornent son cou, est capable d’imiter les voix humaines.

L’irruption des mammifères : du mouton au possum

La plupart des mammifères de Nouvelle- Zélande furent donc introduits par l’homme. Importés pour leur viande, leur fourrure, leur lait ou comme animaux de compagnie, leur arrivée provoqua un véritable bouleversement de l’écosystème, causant la disparition de nombreuses espèces animales et végétales.

Le mouton, par exemple, amené dès la fin du XVIIIe siècle, devint rapidement un produit d’élevage très important pour les Néo- Zélandais. On déboisa les forêts pour installer davantage de pâturages et la population de moutons grandit jusqu’à atteindre le nombre considérable de 70 millions de têtes au début des années 1980. L’élevage de moutons est aujourd’hui en déclin, mais le pays en compte encore quelques 30 millions, détrônant allègrement l’Irlande sur le nombre de moutons par habitant. Sa laine et son lait font encore partie des principales sources de richesse du pays, et sa viande est un mets cuisiné à toutes les sauces.

Un autre mammifère fut introduit sur l’archipel avec beaucoup de succès – et même un peu trop : le possum. Petit marsupial originaire d’Australie, il fut implanté en Nouvelle- Zélande au XIXe siècle pour sa fourrure, dont les fibres creuses sont à la fois légères et isolantes. N’ayant aucun prédateur sur l’archipel, il se mit très vite à proliférer. C’est aujourd’hui devenu une espèce invasive qui cause de nombreux ravages : il s’attaque au feuillage des arbres et dévore les œufs des oiseaux, notamment ceux du kiwi.

Des moutons néo-zélandais
Des moutons néo-zélandais © C. Ragil
Des otaries à Milford Sound
Des otaries à Milford Sound © C. Couturier

Et dans la mer ?

Les eaux de Nouvelle-Zélande abritent également une faune aussi riche que variée, notamment autour de l’Île du Sud. Il n’est pas rare en effet d’apercevoir au large de la côte ouest baleines, dauphins ou orques, ainsi que des phoques se prélassant sur les rochers. Plusieurs espèces sont emblématiques de la Nouvelle- Zélande comme le dauphin d’Hector (le plus petit dauphin au monde), l’otarie à fourrure ou le manchot à oeil jaune.

Le bush, entre fougères argentées et arbres de Noël

Si la forêt représentait originellement 80 % des terres néo-zélandaises, cette part s’est considérablement réduite après l’arrivée des Maoris et des Européens. Une partie de la forêt primaire a néanmoins été préservée et fait aujourd’hui l’objet de nombreuses mesures de protection, notamment par le biais des 14 parcs nationaux qui émaillent le pays. C’est le fameux bush néo-zélandais, une forêt humide à la végétation luxuriante. La fougère y est reine : on ne compte pas moins de 1 200 variétés différentes sur l’archipel. Certaines poussent à ras du sol, d’autres sur les parois rocheuses et plusieurs forment des arbres se développant jusqu’à plus de 10 m de haut. C’est le cas de la fougère argentée, nommée ainsi à cause de la couleur du dessous de ses feuilles, véritable symbole national et emblème des All Blacks.

Il existe sur l’archipel deux types de forêts naturelles : outre les fougères, les forêts de l’Île du Sud sont composées majoritairement de hêtres aux troncs tortueux couverts de mousse, quant aux forêts de l’Île du Nord, elles sont formées à la fois de conifères et de feuillus. Ces dernières abritent notamment le gigantesque kauri, l’arbre sacré des Maoris. Il peut atteindre 50 m de haut, 15 m de large, et vivre jusqu’à 2 000 ans. Autre arbre emblématique de la Nouvelle-Zélande, le superbe pohutukawa pousse sur les côtes des deux îles : arbre de Noël des Néo-Zélandais, il se couvre de fleurs rouges en décembre.

Des fleurs de pohutukawa, l'arbre emblématique de Nouvelle-Zélande
Des fleurs de pohutukawa, l'arbre emblématique de Nouvelle-Zélande © J.-C. Valentin
Une plantation de kiwis
Une plantation de kiwis © C. Lecomte

Kiwi et sauvignon : ces fruits venus d’ailleurs

Les terres déboisées furent transformées non seulement en pâturages mais également en champs, en vergers et en vignobles. La Nouvelle-Zélande est ainsi le pays du kiwi à plus d’un titre : lieu de résidence de l’oiseau, elle est aussi le premier exportateur au monde du fruit. Pourtant, si de nombreuses plantations parsèment aujourd’hui l’archipel, le kiwi n’est arrivé en Nouvelle-Zélande qu’au début du XXe siècle. Ce fruit portait alors le nom, trahissant son origine, de groseille de Chine. Les Néo-Zélandais sont cependant les premiers à l’avoir produit en grande quantité et ce sont eux qui l’ont rebaptisé, probablement par analogie avec leur animal totem, pour des raisons commerciales : difficile en effet, en pleine Guerre Froide, de vendre aux États-Unis un fruit portant le nom d’un pays communiste.

Un autre fruit commence à être associé à la Nouvelle-Zélande : le raisin. En effet, le pays mérite également d’être connu pour son vin. La production viticole est très récente : les premières vignes furent plantées au XIXe siècle et l’industrie ne se développa réellement qu’à la fin du XXe siècle, mais les vignobles – majoritairement des cépages français – sont aujourd’hui nombreux sur les deux îles, et la reconnaissance de la qualité du vin néo-zélandais ne cesse de grandir. Certains œnologues affirment même que le sauvignon blanc de Marlborough serait le meilleur au monde et que le pinot noir du Central Otago pourrait rivaliser avec ceux de Bourgogne… Notre chauvinisme bien français nous en fera douter, mais il ne faudrait pas que cela nous empêche d’y goûter !

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