1 voyage, 3 regards – La Géorgie
Article précédemment publié dans le Plus d’Arts et Vie #142 (Hiver 2016)
À la croisée de l’Europe et de l’Asie, la Géorgie fascine par la richesse de son histoire, la diversité de ses paysages et la force de ses traditions. Terre de légendes, elle aurait vu naître le mythe de la Toison d’Or avant de devenir l’un des plus anciens foyers du christianisme. Des rivages animés de Batoumi aux trésors spirituels de Mtskheta, ce pays du Caucase dévoile un patrimoine aussi singulier que méconnu.
Koutaïssi et le mythe de la Toison d’or
Durant l’Antiquité, le territoire que l’on nomme aujourd’hui la Géorgie était perçu par les Grecs comme une terre mystérieuse dotée de grandes richesses. Ce lieu de légendes et d’aventures inspira les poètes qui contèrent longtemps les péripéties de leurs héros venus y mener des quêtes extraordinaires, auxquelles les dieux facétieux se mêlaient volontiers. Parmi ces récits fantastiques qui ont forgé la culture grecque antique, l’un fait mention d’un héros à la recherche d’un pelage fameux : Jason et la Toison d’or.
Tout commença en Thessalie où le roi Aeson, chassé du pouvoir par son demi-frère Pélias, cacha son fils Jason auprès du centaure Chiron. Arrivé à l’âge adulte, Jason réclama le trône de son père mais Pélias le lui refusa, à moins que le jeune homme ne lui ramène la précieuse Toison d’or, retenue dans le royaume de Colchide par le roi Aiétès. Accompagné de ses cinquante Argonautes, Jason prit le large pour un long voyage de quatre mois jusqu’à Ééa, ancienne capitale du royaume de Colchide. Grâce à la bienveillance d’Héra et à l’aide de la magicienne Médée, Jason et ses compagnons surmontèrent les épreuves lancées par le roi et s’enfuirent avec le précieux butin.
Selon certains historiens, la ville d’Ééa correspondrait à l’actuelle Koutaïssi et la mythique Toison d’or ferait référence à une technique ancestrale d’orpaillage utilisée par le peuple svane, originaire du Caucase. Pour récolter l’or des rivières, les Svanes plongeaient dans les cours d’eau des toisons de moutons afin que les pépites d’or cachées dans le sable s’accrochent aux boucles de la laine…
Batoumi : la mer dans les yeux
Ancienne colonie grecque transformée en une place fortifiée sous le règne d’Hadrien, l’antique Bathys Limi prit un tel essor au fil des siècles qu’elle devint une cité portuaire à l’importance économique et politique de premier ordre.
À présent, la ville est prisée des Géorgiens désireux de respirer l’air marin et n’a rien à envier à la capitale géorgienne, située dans les terres. Tournée vers la mer Noire, elle a su conserver les traces des conquêtes successives qu’elle subit au fil des siècles ; devenue tour à tour grecque, ottomane, russe, turque et géorgienne, elle garde de ce passé cosmopolite un esprit convivial et chaleureux qui se ressent lorsque l’on se promène dans ses rues.
Connue comme étant une station balnéaire fréquentée, aux nombreuses plages, elle offre un climat subtropical agréable qui lui vaut le surnom de Côte d’Azur géorgienne. Quant à son horizon, il est constitué de collines aux senteurs d’agrumes et de thé prêtes à se jeter dans les eaux bleues de la mer Noire.
Mtskheta, centre spirituel et culturel
Ancienne capitale du royaume d’Ibérie, Mtskheta est de ces villes qui ont profondément marqué l’histoire d’un pays. Située au carrefour de routes commerciales, elle prospéra sans mal dès le IIIe siècle avant J.-C. et domina les terres du Caucase alentour.
Mythe ou réalité, c’est grâce à la guérison miraculeuse de la reine Nana que Mtskheta entra dans l’histoire : sur le point de mourir, elle reçut la visite de sainte Nino, apôtre de la Géorgie, qui la veilla et la guérit aussitôt. Nino refusa les nombreux présents faits d’or et de pierres précieuses qu’on lui proposa en remerciement pour ne demander qu’une chose : la conversion de la reine au christianisme. Ce baptême royal, suivi de près par celui du mari, le roi Mirian III, entraîna le pays tout entier, en 337, à renoncer à ses croyances païennes. Pour honorer sa nouvelle foi, le roi fit alors édifier dans sa capitale la première église du pays, à l’endroit même où se trouve la cathédrale de Svetitskhoveli, bâtie au XIe siècle.
Épicentre religieux de la Géorgie, Mtskheta et sa région acquirent en 1977 le statut de “réserve archéologique-architecturale” pour l’influence religieuse majeure qui s’est principalement manifestée dans les arts et la culture. Trois édifices sont d’ailleurs inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco pour leur architecture religieuse typique du Moyen Âge : le monastère de la Sainte-Croix de Djvari, construit au VIe siècle à l’endroit même où sainte Nino éleva une croix de bois miraculeuse ; la cathédrale de Svetitskhoveli, centre religieux de la Géorgie ; et le monastère de Samtavro, édifié au XIe siècle, qui renferme la tombe de Mirian III. Si Mtskheta a perdu son statut de capitale en faveur de Tbilissi, elle n’en demeure pas moins le centre spirituel et culturel du pays, comme en témoigne son héritage monumental.
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